Mon travail puise sa force dans la lumière et le souvenir


Le travail d’un artiste s’inscrit toujours dans une histoire. Une histoire façonnée par l’expérience, nourrie d’instants intenses de recherche, de bonheur, de peines, de doutes et d’extase.

Le fil conducteur de mon parcours, c’est le travail. Il est la trame de ma vie. Une éducation artistique qui remonte à l’enfance, puis une rencontre, une ouverture vers la lumière après l’enfermement communiste et son obscurité. De longues années d’études à chercher ma voie. Mon travail sur les chantiers des monuments historiques. Une vie de création dans l’intimité de l’atelier. Et, surtout, une volonté d’exister.

La vie nous offre des rencontres qui orientent notre destin. Souvent à notre insu, nous empruntons alors des chemins tracés par ces expériences. Depuis l’enfance, strate après strate, nous accumulons des images qui nous marquent. Celles qui nous émeuvent, nous intriguent, nous hantent et finissent par habiter notre être.

Mon univers, ce sont les images des églises peintes, les champs verdoyants de Transylvanie, les objets simples du quotidien paysan. Les animaux broutant paisiblement sous le regard du berger, avec son bonnet traditionnel en peau de mouton et vêtus de son manteau nonchalamment posé sur une épaule.

La Transylvanie est une terre de couleurs : des façades vives égayent les villages, les intérieurs resplendissent de nuances chaleureuses. Les vêtements traditionnels, richement ornés, exaltent des motifs géométriques brodés. Les dessins sont rehaussés de fils d’argent ou d’or, tandis que des paillettes scintillantes captent la lumière et subliment ces compositions.

Dans les maisons, la lumière pénétrait timidement à travers des rideaux de dentelle, crochetés avec minutie pardes mains habiles, lors des longues soirées d’hiver ou sous le soleil brûlant de l’été. Les femmes, parées deleurs plus beaux habits, les cheveux dissimulés sous un foulard, s’asseyaient les jours de fête sur des bancs enbois, devant leur maison, saluant les passants. À la tombée du soir, les buffles noirs avançaient lentement surles routes poussiéreuses ou boueuses, les pis gonflés de lait. Tout était simple, épuré. Rien d’autre que la vie.Rien ne troublait le regard.

J’ai quitté la Roumanie, ma Transylvanie natale. D’autres horizons sont venus enrichir l’essence de mes souvenirs, qui avec le temps, se sont estompés. Pourtant, je reste convaincue qu’ils demeurent mon guide. Couleurs, formes, compositions habitent ma mémoire et nourrissent mon œuvre.

Comme tout artiste, une fois affranchie de l’enseignement reçu, j’ai cherché à tracer ma propre voie. Je dirais quela mienne est celle du berger qui avance allègrement vers les hauteurs, sans savoir si le temps lui sera favorable.Sans but précis, j’ai arpenté le chemin et, à chaque obstacle, j’ai accueilli toute révélation avec optimisme. Rienne me contrariait. Au fond de moi, je sentais que cela correspondait à mon âme, et qu’il s’agissait d’une quêtedont je n’avais pas encore pleinement conscience.